Le danger ne vient ni d’une morsure ni d’une piqûre : la chenille ne mord pas. Il vient de ses poils urticants microscopiques, en forme de harpon, qui contiennent une protéine inflammatoire et se détachent au moindre contact, voire se dispersent seuls dans l’air.
Trois atteintes sont possibles : cutanée, la plus fréquente, avec des plaques rouges très prurigineuses ; oculaire, qui justifie un avis médical ; et respiratoire, la plus grave, pouvant aller jusqu’à une réaction asthmatiforme. Le geste à ne jamais faire est de frotter.
Appelez le 15 ou le 112 en cas de difficulté à respirer, de respiration sifflante, de gonflement du visage, de la bouche ou de la gorge, de malaise, ou devant une éruption étendue avec un état général altéré. Ces signes évoquent une réaction grave et ne relèvent pas de l’attente.
Trois types d’atteintes
La nature des symptômes dépend entièrement de la porte d’entrée des poils. Un même épisode d’exposition peut d’ailleurs en combiner plusieurs, par exemple si l’on se frotte les yeux avec des mains contaminées.

Peau, yeux, voies respiratoires
Sur la peau, les lésions ressemblent à des plaques rouges en relief accompagnées d’une démangeaison intense et d’une sensation de brûlure. Elles siègent typiquement sur les zones découvertes, avant-bras, cou, nuque et visage, et évoluent sur plusieurs jours. Le grattage les étend et les aggrave, exactement comme il aggrave d’autres lésions prurigineuses : c’est le même mécanisme que celui décrit sur notre page consacrée aux boutons de punaises de lit.
Que faire en cas de contact
Le réflexe naturel est le mauvais : on se frotte. Or la friction enfonce les poils plus profondément et libère leur contenu dans les tissus.
Cinq gestes, dans cet ordre
- Ne secouez pas les vêtements : cela remet les poils en suspension dans l’air, avec un risque d’inhalation.
- Prenez une douche complète, cheveux compris, plutôt qu’un lavage local : les poils se déplacent facilement sur le corps.
- En cas de contact oculaire, rincez abondamment à l’eau et consultez sans frotter. Retirez les lentilles si vous en portez.
- Ne percez ni ne grattez les lésions : le risque de surinfection s’ajoute alors à l’irritation.
- Signalez l’exposition si vous consultez : le tableau peut être confondu avec d’autres causes d’urticaire.
Les poils restent actifs longtemps
C’est le point le plus mal connu, et la source de nombreuses expositions involontaires. Les poils urticants ne perdent pas leur pouvoir irritant avec le départ des chenilles : ils s’accumulent, persistent et se remettent en suspension.
Trois réservoirs durables
Cela explique des interdictions qui paraissent excessives au premier abord. Arroser un nid au jet d’eau pour le décrocher provoque une dispersion massive, et l’on se retrouve exposé au moment même où l’on croyait se protéger. Le brûler envoie les poils dans les fumées. Tondre ou souffler les aiguilles sous un pin porteur remet en suspension tout ce qui s’était déposé.
Les autres chenilles urticantes de France
Les processionnaires sont les plus connues, mais elles ne sont pas les seules. Savoir les distinguer évite deux erreurs : s’alarmer devant une chenille inoffensive, et manipuler sans précaution une espèce urticante que l’on n’a pas identifiée.
Quatre espèces urticantes courantes
- Ne touchez aucune chenille poilue à mains nues, quelle que soit l’espèce. Les chenilles lisses, elles, sont généralement sans danger de contact.
- Ne l’écrasez pas : cela libère un nuage de poils.
- Ne la déplacez pas avec un objet qui restera dans le jardin.
- Apprenez à vos enfants que les chenilles à poils, même jolies, ne se ramassent pas.
Pour identifier un nid et déterminer à laquelle des deux processionnaires vous avez affaire, voyez notre page pour reconnaître un nid de chenilles processionnaires.
Les personnes les plus exposées
- Les enfants : ils jouent au sol, ramassent, portent les mains au visage et aux yeux. Ils constituent le public le plus concerné, notamment dans les cours d’école plantées de pins.
- Les personnes asthmatiques ou allergiques, chez qui l’atteinte respiratoire est plus facilement déclenchée et plus sévère.
- Les professionnels des espaces verts, bûcherons, jardiniers et agents techniques, exposés de façon répétée. Il s’agit pour eux d’un risque professionnel identifié, justifiant des équipements de protection.
- Les personnes déjà sensibilisées : les réactions ont tendance à s’intensifier lors des expositions suivantes.
- Les propriétaires d’animaux, contaminés en manipulant un chien ou un chat lui-même exposé. Voyez notre page sur les chenilles processionnaires et le danger pour le chien.

Ce que dit la réglementation
Le statut juridique de ces chenilles a changé récemment, et cela a des conséquences concrètes pour les riverains. Le décret n° 2022-686 du 25 avril 2022 a inscrit les processionnaires du pin et du chêne parmi les espèces nuisibles à la santé humaine, au titre de l’article D.1338-1 du code de la santé publique.
Du décret national à l’action locale
En pratique, cela signifie que vous pouvez signaler une situation à votre mairie, en particulier lorsque les arbres concernés se trouvent sur un terrain public, aux abords d’une école, d’une aire de jeux ou d’un cheminement piéton. Renseignez-vous aussi sur l’existence d’un arrêté préfectoral dans votre département : il peut prévoir des obligations de lutte et des modalités précises.
Si l’arbre est chez vous, le traitement vous incombe. Si un arbre voisin déverse ses chenilles sur votre terrain, le dialogue reste la première voie, la mairie pouvant être saisie en cas de blocage et de risque avéré.
Réduire l’exposition
- Repérez les nids sur vos arbres et ceux du voisinage immédiat, hors période de procession.
- Interdisez la zone au pied d’un arbre porteur, surtout aux enfants et aux animaux.
- Couvrez-vous pour jardiner à proximité : manches longues, gants, lunettes, et masque en cas de travail dans les branchages.
- Ne séchez pas le linge dehors sous un arbre porteur en période d’activité.
- Faites intervenir un professionnel pour les nids en hauteur, plutôt que de tenter un décrochage improvisé.
Pour agir sur la cause, nos repères pour détruire un nid de chenilles processionnaires décrivent les méthodes qui n’aggravent pas l’exposition, et notre page sur l’écopiège à chenilles processionnaires présente le dispositif qui intercepte les chenilles sur le tronc. La période des chenilles processionnaires indique le moment d’intervenir, et le prix d’un échenillage vous aide à budgéter. L’ensemble est repris dans notre guide des chenilles processionnaires.
Cette page a une visée informative et ne remplace pas un avis médical. En cas de symptômes, adressez-vous à votre pharmacien ou à votre médecin, et au 15 ou au 112 devant un signe respiratoire ou général.
- Décret n° 2022-686 du 25 avril 2022, article D.1338-1 du code de la santé publique.
- ANSES : information sur les chenilles processionnaires et les risques liés aux poils urticants.
- Agences régionales de santé : information sur les espèces nuisibles à enjeux pour la santé humaine.
- Ministère chargé de la Santé : repères sur les chenilles processionnaires et conduite à tenir.
