Pièges à frelons : ce qu'ils valent vraiment

Le piégeage de printemps n'a pas démontré d'efficacité, selon l'INRAE, le Muséum et l'ITSAP. Et la très grande majorité des captures ne sont pas des frelons.

La réponse en bref

Il faut le dire même si cela dérange : le piégeage de printemps des fondatrices n’a pas démontré d’efficacité pour réduire les populations de frelons asiatiques à l’échelle d’un territoire. C’est la conclusion de travaux de l’INRAE, du Muséum national d’Histoire naturelle et de l’ITSAP-Institut de l’abeille.

Deux raisons. Environ 90 % des fondatrices meurent déjà naturellement en se concurrençant, si bien qu’en retirer quelques-unes allège cette compétition. Et un piège à bouteille est massivement non sélectif : la très grande majorité de ses captures ne sont pas des frelons, mais des pollinisateurs et des auxiliaires. Les autorités privilégient désormais la destruction des nids.

Ce que disent les études

Le piégeage de printemps s’est imposé comme un réflexe collectif, souvent encouragé localement et relayé par des tutoriels. Il repose sur une intuition séduisante : supprimer une reine au printemps, c’est supprimer un nid entier à l’automne. Les mesures ne confirment pas ce raisonnement.

Trois institutions, une même conclusion

Ce que trois institutions ont mesuréINRAEPas d’efficacité démontréeà l’échelle d’un territoireMuséum nationalA mesuré ce que les piègescapturent réellementITSAP, institut apicoleA chiffré le seuil à atteindrepour peser sur une colonieLe chiffre qui règle la questionPour réduire réellement une colonie, il faudrait capturer plus de 70 % de ses ouvrièressur une saison, soit plus de 3 000 individus pour un seul nid.Aucun piège de jardin n’approche cet ordre de grandeur.

L’INRAE n’a pas constaté d’efficacité à l’échelle d’un territoire, le Muséum national d’Histoire naturelle a mesuré ce que les pièges capturent réellement, et l’ITSAP a chiffré le seuil nécessaire pour peser sur une colonie : plus de 70 % des ouvrières, soit plus de 3 000 individus pour un seul nid.

Ce dernier chiffre est éclairant. Il ne s’agit pas de dire que le piégeage ne capture rien, mais que l’ordre de grandeur des captures d’un piège de jardin est sans rapport avec ce qu’il faudrait atteindre pour modifier la dynamique d’une colonie.

Pourquoi retirer des fondatrices ne suffit pas

L’explication est biologique, et elle est contre-intuitive. Au printemps, les fondatrices sortent d’hibernation en grand nombre et se font concurrence pour s’installer. Cette compétition en élimine l’immense majorité, indépendamment de toute action humaine.

L’effet pervers

L’effet pervers du piégeage de printempsSans piégeageEnviron 90 % des fondatricesmeurent en se concurrençantAvec piégeageQuelques reines retirées, doncMOINS de concurrence pour les autresLe résultat est le même : un nid s’installeLa compétition entre fondatrices élimine déjà l’immense majorité d’entre elles. En retirer quelques-unesallège cette concurrence naturelle et laisse le champ libre à celles qui restent.

Environ 90 % des fondatrices meurent en se concurrençant. Piéger quelques reines réduit cette concurrence naturelle et laisse davantage de place à celles qui restent : le résultat final, un nid installé, est le même.

Autrement dit, le piégeage se substitue partiellement à une régulation qui avait lieu de toute façon. C’est pour cette raison qu’une commune peut poser des centaines de pièges au printemps sans observer de baisse du nombre de nids à l’automne.

Le détail de ce cycle, de l’hibernation à la fondation du nid, est expliqué sur notre page consacrée à la reine et le cycle du frelon.

Le coût écologique

C’est l’argument le plus fort, et le moins souvent mentionné par les vendeurs de pièges. Un piège attractif à base de sucre, de bière ou de sirop n’a aucun moyen de distinguer ce qui entre.

Ce que l’on trouve dans le piège

Le contenu réel d’un piège à bouteilleUn frelon, et tout le resteLa très grande majorité des capturesne sont PAS des frelonsPapillons, syrphes, guêpes indigènes,coléoptères, abeilles solitairesBeaucoup sont des POLLINISATEURSou des auxiliaires du jardinOn détruit ce qu’on voulait protéger

La très grande majorité des captures ne sont pas des frelons : papillons, syrphes, guêpes indigènes, coléoptères, abeilles solitaires. Beaucoup sont des pollinisateurs ou des auxiliaires du jardin.

Le paradoxe est complet. Le piégeage de printemps est presque toujours motivé par la protection des abeilles. Or il tue en masse des pollinisateurs, dont des abeilles solitaires, tout en n’ayant pas d’effet démontré sur les frelons. Sur un jardin, le bilan est défavorable à ce que l’on cherchait à défendre.

Les cas où le piégeage se justifie

Il serait excessif de conclure que tout piégeage est à proscrire. Il existe une situation où il garde du sens, et elle est précise.

Le piégeage ciblé au rucher

  • Devant les ruches, en période de prédation. L’objectif n’est plus de réduire la population du territoire mais de soulager une colonie d’abeilles attaquée, ici et maintenant.
  • Avec des pièges sélectifs, et non des bouteilles coupées.
  • En période de forte prédation seulement, pas toute l’année.
  • En complément d’autres mesures : muselières, réduction des entrées de ruche, harpes électriques.
  • Avec relevé des captures, ce qui permet aussi de mesurer la pression locale et de repérer un nid à proximité.

Le piégeage a par ailleurs une utilité de surveillance : dans un département où l’espèce n’est pas encore installée, quelques pièges relevés et identifiés servent la détection précoce. Ce n’est plus de la lutte, c’est de la veille.

À quoi ressemble un piège sélectif

Si vous décidez de piéger malgré tout, la moindre des choses est de limiter les dégâts collatéraux. La conception fait toute la différence.

Piège à frelons artisanal en bouteille à côté d'un piège sélectif du commerce
Une bouteille coupée offre une grande ouverture sans issue : tout ce qui entre meurt. Un piège sélectif a des entrées calibrées pour le frelon et des issues d'échappement qui laissent ressortir les insectes plus petits.
Réduire les captures non ciblées

  • Choisissez un modèle à issues d’échappement, avec des ouvertures calibrées.
  • Relevez souvent, tous les deux à trois jours, et libérez ce qui n’est pas visé.
  • Évitez les appâts sucrés en pleine floraison : ils attirent surtout les butineuses.
  • Ne laissez pas un piège en place toute l’année : hors période utile, il ne fait que tuer.
  • Retirez-le dès que l’objectif est atteint, ou dès que les captures utiles cessent.

Ce qui est prioritaire à la place

L’énergie et l’argent consacrés au piégeage de masse sont mieux employés ailleurs, et les autorités ont fait ce choix.

Trois actions à effet réel

Ce que les autorités privilégient désormais1. Détruire les nidsLa méthode principaleUn nid supprimé retiredes milliers d’ouvrièreset les futures reineseffet incomparable2. Repérer tôtLe nid primaire au printempsPetit, bas, peu peuplé :c’est le moment où uneintervention coûte le moinsinspectez abris et gouttières3. Protéger les ruchesSi vous êtes apiculteurMuselières, réduction desentrées, piégeage CIBLÉau pied des rucheslà, le piégeage a du sens

Détruire les nids retire des milliers d’ouvrières et les futures reines. Repérer le nid primaire au printemps permet une intervention simple et peu coûteuse. Et pour un apiculteur, protéger directement les ruches.

Concrètement, un nid détruit en septembre empêche l’émergence des futures fondatrices qu’il aurait produites, ce qui a un effet sans commune mesure avec quelques reines piégées au printemps. Notre page sur la destruction d’un nid de frelons détaille les méthodes, les tarifs et la question de la participation communale.

Le repérage précoce est l’autre levier : au printemps, le nid primaire est petit, bas et peu peuplé. Notre page pour reconnaître un nid de frelons indique où regarder et à quelle saison. Pour identifier l’insecte sans erreur, voyez le frelon asiatique, et si vous avez été piqué, la piqûre de guêpe ou de frelon. Le cas des guêpes, dont le piégeage relève d’une autre logique, est traité sur notre page nid de guêpes. L’ensemble du sujet est repris dans notre guide de la destruction de nid de guêpes et frelons.

Sources

  • INRAE : travaux sur l’efficacité du piégeage du frelon asiatique.
  • Muséum national d’Histoire naturelle : composition des captures des pièges à frelon asiatique.
  • ITSAP-Institut de l’abeille : évaluation de l’efficacité du piégeage de printemps des fondatrices.
  • Ministère chargé de l’Agriculture : information sur la lutte contre le frelon asiatique.

Questions fréquentes

Le piégeage de printemps du frelon asiatique est-il efficace ?

Non, pas à l'échelle d'un territoire. C'est la conclusion de travaux menés par l'INRAE, le Muséum national d'Histoire naturelle et l'ITSAP-Institut de l'abeille. Le piégeage massif des fondatrices n'a pas démontré qu'il réduisait les populations, et les autorités privilégient désormais la destruction des nids.

Pourquoi piéger des reines ne réduit-il pas le nombre de nids ?

Parce qu'environ 90 % des fondatrices meurent déjà naturellement au printemps, essentiellement en se concurrençant pour un site d'installation. En retirer quelques-unes allège cette compétition et laisse davantage de place à celles qui restent. Le résultat final, un nid installé, est le même.

Combien de frelons faudrait-il capturer pour que cela compte ?

Les travaux de l'ITSAP-Institut de l'abeille chiffrent le seuil à plus de 70 % des ouvrières d'une colonie sur une saison, soit plus de 3 000 individus pour un seul nid. Aucun piège de jardin n'approche cet ordre de grandeur.

Que capture réellement un piège à frelon ?

La très grande majorité des captures ne sont pas des frelons. On y trouve surtout des papillons, des syrphes, des guêpes indigènes, des coléoptères et des abeilles solitaires, dont beaucoup sont des pollinisateurs ou des auxiliaires du jardin. Le Muséum national d'Histoire naturelle a mesuré cette composition.

Un piège fait maison en bouteille est-il une bonne idée ?

C'est le pire des dispositifs. Une bouteille coupée offre une large ouverture sans issue : tout ce qui entre finit noyé, sans aucune sélectivité. Si vous piégez malgré tout, un piège à entrées calibrées et à issues d'échappement limite au moins les captures non ciblées.

Dans quel cas le piégeage garde-t-il du sens ?

Devant les ruches, en période de prédation, avec des pièges sélectifs. L'objectif n'est plus de réduire la population du territoire mais de soulager une colonie d'abeilles attaquée. Le piégeage a par ailleurs une utilité de veille dans les zones où l'espèce n'est pas encore installée, pour la détection précoce.

Quel appât utiliser dans un piège à frelon ?

La question de l'appât est secondaire par rapport à celle de la sélectivité du piège. Sachez surtout qu'un appât sucré posé en pleine floraison attire massivement les butineuses. Si vous piégez, évitez ces périodes et relevez le piège tous les deux à trois jours pour libérer ce qui n'est pas visé.

Faut-il laisser un piège en place toute l'année ?

Non. Hors période utile, un piège ne fait que tuer des insectes sans aucun bénéfice. Retirez-le dès que l'objectif est atteint ou dès que les captures utiles cessent.

Que faire plutôt que de piéger ?

Trois choses ont un effet réel. Faire détruire les nids, ce qui retire en une intervention des milliers d'ouvrières et les futures reines. Repérer tôt le nid primaire au printemps, quand il est petit et bas, car l'intervention y est simple et peu coûteuse. Et pour un apiculteur, protéger directement les ruches par des muselières et la réduction des entrées.

Les pièges à guêpes posent-ils le même problème ?

Oui, la question de la sélectivité est identique. Un piège attractif ne distingue pas ce qui entre. Contre les guêpes autour d'une table, mieux vaut couvrir les aliments et les boissons sucrées, et traiter le nid s'il crée un risque réel de contact.

Marc Aubert Rédigé par Marc Aubert Spécialiste guêpes et frelons

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