Les deux processionnaires ont des calendriers presque inversés. Celle du pin construit son nid en automne et en hiver, puis descend au sol en procession de février à mai : c’est là que le risque est maximal. Celle du chêne hiverne à l’état d’œuf et ses chenilles sont actives d’avril à juin.
Deux particularités biologiques ont des conséquences pratiques fortes. La processionnaire du pin s’enfouit dans le sol pour sa nymphose, avec une diapause pouvant se prolonger jusqu’à environ cinq ans. Celle du chêne, elle, ne descend jamais au sol : elle se transforme dans son nid, sur le tronc, en juillet.
Deux calendriers presque inversés
C’est le premier repère à poser, parce que beaucoup de conseils circulent sans préciser l’espèce concernée, ce qui conduit à intervenir au mauvais moment.
Les deux périodes de risque sur l’année
Ces dates varient sensiblement selon la région et la douceur de l’année. Dans le Sud, la procession du pin peut commencer dès janvier ; dans les régions plus fraîches, elle s’étale jusqu’en mai. Un terrain planté à la fois de pins et de chênes connaît donc deux fenêtres de vigilance distinctes, ce qui étale le risque sur une grande partie de l’année.
Le cycle de la processionnaire du pin
Son cycle est annuel, mais avec une phase souterraine dont la durée réserve des surprises.

Cinq étapes, dont une hors de l’arbre
Le point à retenir est la descente obligatoire. Les chenilles ne peuvent pas achever leur développement dans l’arbre : elles doivent gagner le sol pour s’y enfouir. C’est précisément ce passage contraint que le dispositif d’interception exploite, comme l’explique notre page sur l’écopiège à chenilles processionnaires.
La diapause, ou pourquoi ça revient
Voilà un fait rarement expliqué, et qui répond à une question fréquente : pourquoi des chenilles réapparaissent-elles sur un arbre traité, plusieurs années après, sans qu’aucun nouveau papillon n’ait été observé ?
Une fois enfouie, la chenille tisse un cocon et son développement s’interrompt : c’est la diapause. Dans le cas habituel, elle en sort au bout de quelques mois pour émerger l’été suivant. Mais en conditions défavorables, cette phase peut se prolonger considérablement.
De quelques mois à plusieurs années
La conséquence pratique est importante : une année sans chenille ne signifie pas que le problème est réglé. Le sol au pied de vos pins peut abriter des cocons en attente. C’est un argument fort pour maintenir la surveillance et reposer un dispositif préventif chaque saison, même après une année calme.
Le cycle de la processionnaire du chêne
Il ne s’agit pas d’une variante du précédent mais d’un schéma fondamentalement différent, et c’est ce qui rend l’espèce plus difficile à traiter.

Un cycle entièrement passé sur l’arbre
Trois différences majeures en découlent. L’espèce hiverne à l’état d’œuf, donc il n’y a rien à voir en hiver, ni chenille ni nid : un arbre peut paraître sain en janvier et se couvrir de nids en mai. Son nid n’est pas une boule mais un amas plaqué contre le tronc, comme le décrit notre page pour reconnaître un nid de chenilles processionnaires. Et surtout, elle ne descend jamais au sol.
Pourquoi l’espèce change la méthode
C’est la conséquence la plus concrète de tout ce qui précède, et presque aucune ressource ne le dit clairement : l’écopiège est sans effet sur la processionnaire du chêne. Ce dispositif intercepte une descente vers le sol qui, chez cette espèce, n’a jamais lieu. Installer un collier sur un chêne ne sert donc à rien.
Quelle méthode pour quelle espèce
Le piège à phéromone mérite une précision du même ordre : la phéromone est spécifique de l’espèce. Un piège vendu pour la processionnaire du pin ne capture pas les papillons de la processionnaire du chêne, et inversement. Vérifiez toujours l’espèce visée sur l’emballage de la capsule.
Sur un chêne, l’action se concentre donc sur l’échenillage au printemps et le traitement biologique sur les jeunes larves : voyez nos repères pour détruire un nid de chenilles processionnaires.
Le papillon, la phase que personne ne voit
Beaucoup de personnes ignorent que ces chenilles deviennent des papillons, tant la forme adulte est discrète. Ce sont des papillons de nuit, gris-brun, de taille moyenne, qui ne s’alimentent pas et vivent seulement quelques jours, le temps de s’accoupler et de pondre.
- Il est totalement inoffensif : il ne porte pas de poils urticants et ne pique pas.
- Il vole de nuit, ce qui explique qu’on ne le voie pratiquement jamais, sinon attiré par un éclairage.
- Sa durée de vie est très courte, quelques jours seulement.
- La femelle peut voler sur plusieurs kilomètres, ce qui explique l’apparition de nids sur un arbre jusque-là indemne.
- C’est la seule phase où le piégeage par phéromone est possible, et donc une fenêtre d’action à ne pas manquer.
Le pin voit ses papillons voler en cœur d’été, le chêne plutôt en fin d’été : deux moments distincts pour installer les pièges à phéromone correspondants.
Le calendrier d’action
- Été : pose des pièges à phéromone, et surveillance des pontes. C’est aussi la période idéale pour repérer les nids du chêne encore actifs.
- Automne : traitement biologique possible sur les jeunes larves du pin, et pose des écopièges à partir d’octobre.
- Hiver : meilleur moment pour l’inventaire des nids du pin, bien visibles, et pour l’échenillage. Rien à voir sur les chênes.
- Fin d’hiver et printemps : période de risque maximal pour le pin. Vigilance en promenade, et contrôle de l’étanchéité des écopièges.
- Printemps : éclosion sur les chênes, traitement biologique possible sur les jeunes larves et échenillage des nids qui se forment.
Quelle que soit la saison, si un animal a été exposé, la conduite à tenir est une urgence : voyez nos repères sur les chenilles processionnaires et le danger pour le chien. Pour vous-même, notre page sur le danger des chenilles urticantes pour l’homme détaille les gestes après un contact. Et pour budgéter une intervention, voyez le prix d’un échenillage. L’ensemble du sujet est repris dans notre guide des chenilles processionnaires.
- INRAE, plateforme Ephytia : cycle de développement des processionnaires du pin et du chêne.
- Décret n° 2022-686 du 25 avril 2022, article D.1338-1 du code de la santé publique.
- ANSES : information sur les chenilles processionnaires, biologie et méthodes de lutte.
- Services de l’État en département et parcs nationaux : information sur la régulation des processionnaires.
