Fientes de pigeon

Le risque n'est pas dans la fiente, il est dans le geste de nettoyage : ce sont les poussières sèches mises en suspension qui exposent. On humidifie, on ramasse, on désinfecte.

La réponse en bref

Le risque n’est pas dans la fiente, il est dans le geste de nettoyage. La voie d’exposition qui compte est l’inhalation de poussières sèches : balayer, aspirer à sec ou passer au nettoyeur haute pression met en suspension ce qui, humide et immobile, ne présentait presque aucun danger.

Le protocole tient en un principe : on humidifie, on ramasse, on désinfecte. Avec des gants, un masque FFP2 au minimum et des lunettes. Quelques fientes sur un balcon en plein air se nettoient sans difficulté. Une couche épaisse et sèche dans des combles relève d’une entreprise.

L’autre dégât est souvent sous-estimé : l’acide urique corrode le zinc, tache la pierre et bouche les gouttières. La facture du bâti dépasse fréquemment celle du dispositif de protection.

Le risque réel, sans exagération

Il faut tenir les deux bouts : les fientes ne sont pas anodines, et elles ne justifient pas la panique qu’on lit parfois. Ce qui fait varier le niveau de risque, c’est la situation, pas la nature de la fiente.

Appui de fenêtre en pierre couvert d'une couche épaisse de fientes de pigeon séchées
C'est cette situation qui expose : une couche épaisse et sèche, qui produit des poussières dès qu'on la remue. Les coulures sur la pierre sous l'appui signalent une occupation ancienne.

Trois situations, trois conduites

Ce qui change le niveau de risqueRisque faibleBalcon, appui, terrassePlein air, quelques fientes,nettoyage ponctuelGants et masque suffisentRisque moyenLoggia, coursive, localSemi-fermé, accumulationancienne et sècheHumidifier, FFP2, combinaisonRisque élevéCombles, pigeonnier, gaineConfiné, épaisse couchede poussière sècheFaites intervenir un professionnel

En plein air avec quelques fientes, des gants et un masque suffisent. En espace semi-fermé avec une accumulation sèche, il faut humidifier et se protéger sérieusement. En comble ou en pigeonnier, l’intervention relève d’un professionnel équipé.

Les agents documentés

Une seule voie d’exposition compte vraimentL’INHALATION de poussières sèchesC’est pourquoi balayer ou aspirer à sec est proscrit : le geste met en suspensionce qui, humide et immobile, ne présentait presque aucun risque.CryptococcoseCryptococcusneoformanslevure des déjectionsOrnithoseChlamydiapsittacisyndrome pseudo-grippalSalmonellosescontamination parcontact puis ingestiond’où le lavage des mainsHistoplasmoseHistoplasmacapsulatumtrès rare en métropole

Cryptococcose, ornithose-psittacose, salmonelloses et, très rarement en métropole, histoplasmose. Toutes ces expositions ont un point commun : elles supposent des poussières mises en suspension, ou un contact suivi d’un passage à la bouche.

Certaines personnes doivent s’abstenir. Immunodépression, traitement immunosuppresseur, maladie respiratoire chronique, grossesse : dans ces situations, ne nettoyez pas vous-même une accumulation ancienne, faites intervenir. Et si un syndrome pseudo-grippal apparaît dans les jours qui suivent un nettoyage important, mentionnez cette exposition à votre médecin : c’est une information qu’il n’a aucun moyen de deviner.

Le protocole de nettoyage

Cinq étapes, et trois interdits

Le protocole, dans cet ordre1S’équipergants, masque FFP2au minimum, lunettes,combinaison jetable2Humidifierpulvériser largement,laisser agir, ne jamaistravailler à sec3Ramasserracler et mettre en sacfermé, sans balayerni aspirer4Désinfecterlaver la surface, puisdésinfectant adaptéau support5Empêcher le retourposer la barrière toutde suite : une surfacepropre est réoccupéeJamais de balai, jamais d’aspirateur à sec, jamais de nettoyeur haute pression.Les trois mettent en suspension exactement ce qu’il faut éviter de respirer.

S’équiper, humidifier largement, racler et mettre en sac fermé, désinfecter, puis poser la barrière sans attendre. Jamais de balai, jamais d’aspirateur à sec, jamais de haute pression.
Opérateur en combinaison et masque respiratoire humidifiant une corniche souillée au pulvérisateur
Le geste juste : on humidifie au pulvérisateur basse pression avant de racler, jamais au nettoyeur haute pression. Combinaison, masque à cartouches, gants, et un sac fermé dès le premier ramassage.
Les détails qui changent le résultat

  • Humidifier vraiment, et attendre. Un brumisateur passé en surface ne suffit pas sur une croûte ancienne : il faut détremper et laisser agir plusieurs minutes.
  • Le masque FFP2 est un minimum, et le FFP3 est indiqué en espace confiné. Un masque chirurgical ne filtre pas ces poussières.
  • Sac fermé, jeté immédiatement. Pas de tas laissé à sécher au sol le temps de finir.
  • Désinfectant adapté au support. L’eau de Javel décolore la pierre et les joints : sur une façade, mieux vaut un produit prévu pour.
  • Se laver les mains et les avant-bras avant toute autre chose, et retirer la combinaison sans la secouer.
  • Poser la barrière le jour même. Une surface fraîchement nettoyée est réoccupée en quelques jours, et vous aurez tout à refaire.

Ce dernier point est le plus fréquemment négligé. Le choix du dispositif selon le support est traité sur notre page dispositifs anti-pigeon, avec le détail du filet et des pics.

Ce que les fientes abîment

C’est l’argument qui décide en général une copropriété, parce qu’il se chiffre.

Quatre dégâts, du plus rapide au plus coûteux

Ce que l’acide urique abîme, et à quelle vitesseZinc et métalCorrosiongouttières, chéneaux, garde-corpsPierre et enduitTache et désagrègefaçades claires, pierre tendreÉvacuationsObstructiongouttières, puis infiltrationsCharge en comblePoids et humiditéplafonds, isolant à remplacerLe coût du bâti dépasse souvent celui du dispositif : c’est l’argument pour ne pas attendre.

L’acide urique corrode le zinc des gouttières et des chéneaux, tache et désagrège la pierre tendre, obstrue les évacuations jusqu’à provoquer des infiltrations, et charge les combles d’un poids humide qui abîme plafonds et isolant.
Chéneau en zinc obstrué par un amas de fientes séchées, de brindilles et de plumes
Le dégât le plus coûteux, et celui qu'on ne voit pas depuis la rue : l'amas retient l'eau, le zinc se corrode autour, et l'évacuation finit par déborder le long de la façade.

Une gouttière bouchée qui déborde le long d’une façade coûte plus cher à reprendre qu’un filet posé, et l’isolant d’un comble souillé se remplace, il ne se nettoie pas. C’est pourquoi nous conseillons de traiter la cause en même temps que le symptôme, et non l’un après l’autre.

Qui nettoie et qui décide

Trois cas de figure

Qui nettoie, qui décide, qui paieVotre balcon, votre terrassePartie privative à usageexclusif, en généralÀ vous de nettoyerLocataire : prévenez lepropriétaire par écritFaçade, toiture, comblesParties communesen copropriétéSaisissez le syndicPar écrit, avec photoset dateVoie publique, bâtiment tiersSalubrité publique, ounourrissage par un voisinSaisissez la mairieLe maire peut prendreun arrêté

Votre balcon relève de vous, en prévenant le propriétaire par écrit si vous êtes locataire. La façade, la toiture et les combles sont des parties communes : c’est le syndic. La voie publique et le nourrissage par un tiers relèvent de la mairie.
Faire bouger les choses en copropriété

  • Écrivez au syndic, pas seulement au gardien, avec des photos datées.
  • Nommez le dégât matériel, gouttière, façade, isolant, plus efficace que la seule gêne.
  • Demandez l’inscription à l’ordre du jour de la prochaine assemblée si la dépense est votée.
  • Si un occupant nourrit les pigeons, rappelez que le nourrissage est interdit et que la mairie peut être saisie.

Le cas particulier du balcon, et notamment qui peut décider d’y installer quoi, est détaillé sur notre page protéger son balcon des pigeons. Les gestes du quotidien qui limitent l’installation sont sur comment faire fuir les pigeons, et les raisons pour lesquelles les produits répulsifs ne suffisent pas sur répulsifs et effaroucheurs. Pour un site déjà très souillé, voyez dépigeonnage par un professionnel. L’ensemble est repris dans notre guide du traitement des pigeons.

Sources

  • Institut national de recherche et de sécurité : fiches sur les risques biologiques liés aux déjections d’oiseaux.
  • Santé publique France : information sur la psittacose-ornithose et la cryptococcose.
  • Règlements sanitaires départementaux : dispositions relatives au nourrissage et à la salubrité.
  • Loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis.

Questions fréquentes

La fiente de pigeon est-elle dangereuse ?

Elle n'est pas anodine, et elle ne justifie pas la panique qu'on lit parfois. Une fiente humide et immobile présente un risque très faible. Le danger apparaît quand une accumulation sèche est remuée et que les poussières passent dans l'air respiré. Autrement dit, ce n'est pas la fiente qui expose, c'est la manière de la nettoyer.

Quelles maladies peut-on attraper avec des fientes de pigeon ?

Les agents documentés sont la cryptococcose (Cryptococcus neoformans), l'ornithose-psittacose (Chlamydia psittaci), les salmonelloses et, très rarement en France métropolitaine, l'histoplasmose. Toutes ces expositions supposent soit des poussières inhalées, soit un contact des mains suivi d'un passage à la bouche.

Comment nettoyer des fientes de pigeon sans danger ?

En cinq étapes, toujours dans cet ordre : s'équiper (gants, masque FFP2 au minimum, lunettes), humidifier largement et laisser agir plusieurs minutes, racler et mettre en sac fermé, désinfecter avec un produit adapté au support, puis poser la barrière physique le jour même. Se laver les mains et les avant-bras avant toute autre chose.

Pourquoi ne faut-il pas balayer ni aspirer les fientes de pigeon ?

Parce que ces deux gestes font exactement ce qu'il faut éviter : ils mettent en suspension les particules sèches. Un aspirateur domestique n'a pas de filtration adaptée et rejette les poussières fines dans la pièce. Le balai les disperse. Une matière humidifiée, elle, ne vole pas.

Quel masque faut-il pour nettoyer des fientes de pigeon ?

Un FFP2 est le minimum en plein air ou en espace ouvert. En espace confiné, combles, gaine technique ou pigeonnier, il faut un FFP3. Un masque chirurgical ne filtre pas ces poussières : il retient les gouttelettes, pas les particules fines, et ne sert à rien ici.

Peut-on utiliser un nettoyeur haute pression sur des fientes ?

Non, c'est le pire outil pour ce travail. Il pulvérise la matière en aérosol respirable, projette sur plusieurs mètres, contamine les surfaces voisines et fait entrer de l'eau sous pression dans les joints et les maçonneries. Humidification douce puis raclage manuel, dans tous les cas.

Avec quoi désinfecter après avoir retiré des fientes ?

Un désinfectant virucide et bactéricide adapté au support. L'eau de Javel fonctionne sur un carrelage ou un béton, mais elle décolore la pierre, attaque les joints et ternit le zinc : sur une façade ou un appui en pierre de taille, prenez un produit prévu pour ces matériaux. On désinfecte après avoir retiré la matière, jamais à la place.

Qui doit nettoyer les fientes de pigeon dans une copropriété ?

Cela suit la répartition des parties. Ce qui est privatif, l'intérieur de votre balcon ou de votre terrasse, vous revient. La façade, le garde-corps, la sous-face de dalle, les gouttières, les chéneaux et les combles sont des parties communes : c'est au syndic de faire intervenir, sur budget de copropriété. Signalez par écrit, c'est ce qui déclenche la démarche.

Les fientes de pigeon abîment-elles la façade ?

Oui, et c'est le dégât le plus coûteux, souvent sous-estimé. L'acide urique corrode le zinc des gouttières et des chéneaux, tache et désagrège la pierre tendre, obstrue les évacuations jusqu'à provoquer des infiltrations, et charge les combles d'un poids humide qui abîme plafonds et isolant. La facture du bâti dépasse fréquemment celle du dispositif de protection.

Faut-il faire appel à une entreprise pour nettoyer des fientes ?

Quelques fientes sur un balcon en plein air se nettoient seul, avec la protection décrite. Une accumulation ancienne, épaisse et sèche, en espace confiné, dans des combles ou un pigeonnier, relève d'une entreprise équipée : protection respiratoire adaptée, confinement de zone et évacuation des déchets. C'est aussi le cas si vous êtes immunodéprimé, sous traitement immunosuppresseur, asthmatique sévère ou enceinte.

Que faire après le nettoyage pour que les fientes ne reviennent pas ?

Poser la barrière physique le jour même. Une surface nettoyée et laissée nue est réoccupée en quelques jours, et le travail est à refaire. Le choix du dispositif dépend du support : pics sur un appui, filet sur un volume. Supprimez en même temps l'eau stagnante et toute source de nourriture accessible.

Nadia Benali Rédigé par Nadia Benali Spécialiste pigeons et volatiles

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